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Jeu vidéo : Nintendo lâche du lest sur le remboursement des précommandes

Épinglée pour les conditions générales de vente très strictes de son magasin de vente en ligne, la société japonaise de jeux vidéo Nintendo a enfin assoupli sa politique de remboursement des précommandes.

Bonne nouvelle pour les joueurs, de plus en plus nombreux à se tourner vers l’achat de jeux vidéo dématérialisés (c’est-à-dire achetés en version numérique et non pas en magasin) : le japonais Nintendo permet désormais l’annulation et le remboursement des précommandes, sous conditions.

Jusqu’ici, la société créatrice de Mario et Zelda était particulièrement stricte : contrairement aux autres magasins en ligne – dont certains proposent même le remboursement d’un jeu après son achat, s’il ne plaît pas au joueur – il n’était pas possible d’annuler une précommande. Tout achat était considéré comme définitif, même si le jeu n’avait pas encore été téléchargé sur la console. Une règle qui violait la législation européenne, selon notre homologue norvégien Forbrukerrådet qui l’avait dénoncée en 2018.

Désormais, les conditions d’utilisation de l’eShop de Nintendo indiquent qu’il est possible d’annuler la précommande d’un article « tant que son téléchargement n’a pas commencé (le téléchargement commence immédiatement après que le paiement a été effectué, c’est-à-dire au plus tôt sept jours avant la date de sortie de l’article) ». La date de paiement et de téléchargement d’un article « est indiquée dans la section « Précommandes » du menu de shopping, accessible depuis les paramètres de votre compte Nintendo », précise le site.

ULTIME MESQUINERIE

Concrètement, il est donc possible d’annuler sa précommande entre le moment où elle a été effectuée et sept jours avant le lancement du jeu. S’il y a du mieux par rapport à la situation antérieure, cette nouvelle règle reste pénalisante pour le consommateur et ne respecte pas l’esprit de la législation européenne. L’article 19 de la directive 2011/83/UE du Parlement européen relative aux droits des consommateurs stipule en effet que pour les contrats relatifs à des contenus numériques, « le consommateur devrait avoir un droit de rétractation, à moins qu’il n’ait donné son accord pour débuter l’exécution du contrat pendant la période de rétractation ». Pour Nintendo, « l’exécution du contrat » est le téléchargement du jeu… et non le moment où le joueur peut finalement le lancer !

Cette mesquinerie de « Big N » déçoit, alors que la société connaît une année exceptionnelle. Porté par le confinement, qui a eu un impact significatif sur les ventes de jeux vidéo au niveau mondial, son chiffre d’affaires pendant le premier trimestre fiscal 2020/2021 (période d’avril à juin) a plus que doublé par rapport à l’an dernier, en s’établissant à 358,1 milliards de yens (2,86 milliards d’euros). Mieux, son bénéfice net a atteint 106,5 milliards de yens (849 millions d’euros), un chiffre multiplié par 6,4. Selon le cabinet d’analyse RiskMonster, Nintendo est désormais l’entreprise japonaise ayant la plus grosse trésorerie de l’archipel (890,4 milliards de yens), devant Shin-Etsu Chemical, la première entreprise chimique du Japon et SMC, un fabricant de pneumatiques.

Morgan Bourven