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Démarchage gaz et électricité : les confidences d’un commercial

Démarchage gaz et électricité : les confidences d’un commercial

Démarchage gaz et électricité : les confidences d’un commercial

La mauvaise conscience a fini par l’emporter, un démarcheur à domicile qui travaille pour un sous-traitant d’Iberdrola et d’Engie nous a parlé de ses méthodes de vente. Édifiant !

Appelons-le Sylvain, il travaille chez un sous-traitant qui démarche pour le compte d’Iberdrola et d’Engie. Tout a commencé par deux jours de formation intensifs consacrés à la souscription d’un contrat. Après quelques explications, les nouvelles recrues passent aux travaux pratiques. On joue au commercial et à son client sous l’œil aguerri du responsable, on échange les rôles et c’est à qui se montrera le plus convaincant.

Puis on se lance pour de bon. Chaque équipe couvre une zone géographique. Tous les matins, elle consulte Google Maps (application de cartographie) et choisit un secteur dense desservi par le gaz afin de pouvoir placer deux contrats d’un coup, celui de gaz et d’électricité, ça rapporte plus. Après avoir vérifié qu’il y a bien des vannes de gaz dans le quartier, la razzia commence, les démarcheurs se partagent le porte-à-porte.

« ON INVENTE LA DATE ET LE LIEU DE NAISSANCE »

L’objectif est de faire le plus de contrats possibles, et l’employeur n’est pas regardant sur les méthodes. « L’idéal est de rencontrer les clients potentiels et de les convaincre, mais pour remplir un contrat, on peut aussi s’en passer, explique Sylvain. Il nous suffit d’avoir le point de livraison pour l’électricité, le point de comptage pour le gaz. C’est impossible avec les compteurs classiques, mais avec Linky, c’est très facile, on ouvre les placards ou les coffres, on relève le numéro. On prend le nom sur la boîte aux lettres, on invente la date et le lieu de naissance. Pour connaître le nom du fournisseur actuel, on appelle Enedis en se faisant passer pour la personne et en inventant un problème insoluble. Une fois qu’on l’a, on n’a plus qu’à signer, c’est un nouveau contrat. »

Pour le gaz, les commerciaux font la chasse aux petits cartons laissés par les agents GRDF, et quand ils ne les trouvent pas, la technique est bien rôdée. Ils sonnent et assurent qu’ils passent pour le relevé de compteur. Évidemment ils détectent une anomalie, ils demandent les factures pour vérifier que le client n’est pas lésé, y piochent toutes les informations nécessaires et font signer un « avis de passage », qui n’est autre que la dernière page du contrat.

4 000 € À 5 000 € PAR MOIS

« Les premiers jours on s’interroge, c’est pas clean, on a des doutes, se souvient Sylvain, et puis on gagne tellement bien sa vie qu’on oublie vite. » La rémunération est de fait incitative. C’est 50 € par contrat, et compte tenu des pratiques, il est facile d’en engranger plusieurs par jour. Quand le démarcheur rencontre le client, c’est 25 € de plus s’il lui place une assurance dépannage plomberie avec prélèvement mensuel, et encore 10 € s’il lui vend un abonnement à des livrets de mots croisés ou de jeux, facturé ensuite 8 € par mois. À ce régime-là, Sylvain et ses collègues empochent 4 000 € à 5 000 € par mois sans forcer.

Ce n’est pas avec de telles rémunérations que les mauvaises pratiques de démarchage vont cesser. La seule solution pour protéger les consommateurs, c’est d’interdire purement et simplement le démarchage, qu’il se fasse à domicile comme le réclame le Médiateur national de l’énergie, ou par téléphone comme le demande la pétition de l’UFC-Que Choisir et quelques autres associations.

Comparez les offres

Une offre de gaz ou d’électricité se choisit à tête reposée, après l’avoir comparée aux autres offres disponibles. Il y en a plus de 70 en électricité, une quarantaine en gaz. Notre comparateur énergie les recense en donnant, pour chacune d’elles, l’économie réalisée ou son surcoût par rapport au tarif réglementé.

Élisabeth Chesnais