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Cryothérapie : efficacité non démontrée, risques réels

Cryothérapie : efficacité non démontrée, risques réels

Cryothérapie : efficacité non démontrée, risques réels

L’intérêt de la cryothérapie pour les sportifs ou pour soulager divers problèmes de santé n’est pas prouvé alors que ses effets secondaires sont potentiellement graves, conclut l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dans un rapport publié aujourd’hui, rejoignant les conclusions de notre récente enquête.

Cryothérapie Efficacité non démontrée, risques réels

Vous souffrez de courbatures après le sport, d’une tendinite récalcitrante, de douleurs chroniques dues à une maladie ou une blessure, de psoriasis, de troubles du sommeil, d’un stress invalidant ? Un ami bien intentionné vous a peut-être conseillé la cryothérapie. Cette technique qui consiste à s’exposer à un froid extrême (-110 °C à -180 °C) pendant trois minutes est de plus en plus en vogue : environ 300 centres répartis sur tout le territoire la proposeraient, la présentant souvent comme une véritable panacée. Pas étonnant dès lors que, de façon concomitante ou presque, Que Choisir et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) se soient intéressés à la question. Notre enquête sur le terrain et le travail de synthèse des chercheurs aboutissent à des conclusions similaires.

Comme nous l’avons constaté en visitant une trentaine de centres, parfois tenus par des kinésithérapeutes mais le plus souvent par des personnes incompétentes en matière de santé, le discours est très catégorique sur les mécanismes à l’œuvre et les effets positifs à attendre. « Des mécanismes biologiques sont régulièrement proposés pour expliquer l’effet bénéfique du froid sur le corps. Ces explications sont diversement convaincantes et ne sont, en tous cas, pas suffisantes », nuance le rapport. Quant à l’efficacité de la technique : « Globalement, les résultats sont décevants. D’une part, quand ils sont en faveur d’un effet positif de la cryothérapie, ces résultats sont modestes et mesurés uniquement à très court terme. D’autre part, la qualité méthodologique des études laisse beaucoup à désirer, ce qui doit amener à relativiser d’autant plus les effets positifs rapportés. […] Au total, la revue systématique des études sur l’efficacité de la cryothérapie montre que les données disponibles sont très faibles à la fois en termes de quantité et de qualité. »

Pour faire avancer les connaissances, il faudrait multiplier les études de bonne qualité méthodologique. Mais cette perspective se heurte à plusieurs écueils, analysent les experts. L’un d’entre eux est l’absence de standardisation : pour l’heure, les pratiques varient considérablement car, en dépit de l’assurance apparente des gérants de centres, personne ne sait combien de minutes exactement le corps devrait être exposé, à quelle température, s’il faut procéder d’un coup ou progressivement, à quelle fréquence, etc. Un autre obstacle à une évaluation bien menée, c’est l’impossibilité d’utiliser la méthode de référence : l’étude en double aveugle contre placebo. Dans ce type d’études, il faut un groupe contrôle, qui n’est pas traité et qui l’ignore. Or il est impossible de ne pas exposer des volontaires à un froid intense tout en leur faisant croire qu’ils y sont exposés !

Graves effets secondaires

Face à ces incertitudes, un point ne fait pas de doute : des effets secondaires potentiellement graves ont été constatés. Les brûlures, parfois extrêmement sévères, comme le montre le témoignage que nous avons recueilli lors de notre enquête, sont probablement les plus fréquentes mais l’Inserm en a identifié d’autres : « céphalées ou accentuations des douleurs présentes, urticaire chronique au froid, panniculite, intolérances digestives, plusieurs cas d’ictus amnésique, un cas de dissection de l’aorte abdominale. » (1)

Aussi bien du fait de ses revendications que de ses possibles effets secondaires, la cryothérapie devrait être encadrée par les autorités de santé. Or, pour l’heure, n’importe qui peut ouvrir un centre, aucune compétence particulière n’est requise. Quant aux cabines, leur statut varie selon les revendications des gérants. S’il s’agit uniquement de bien-être, de récupération sportive ou d’esthétique, aucun organe de contrôle n’est censé s’y intéresser. Si les revendications touchent au domaine thérapeutique, il s’agit de dispositifs médicaux, mais l’actualité récente a montré que le contrôle sur ces matériels était insuffisant.

Alors que la pratique prend une ampleur considérable, les autorités de santé n’ont pour l’heure manifesté aucune intention de l’encadrer.

 

(1) La panniculite est une inflammation grave de la graisse sous-cutanée parfois due au froid ; l’ictus amnésique est une amnésie transitoire favorisée notamment par les changements brutaux de température ; la dissection de l’aorte abdominale est une déchirure de la paroi de l’aorte due à l’irruption de sang sous haute pression à l’intérieur de celle-ci. Dans le cas cité, « il pourrait s’agir d’une complication cardiovasculaire déclenchée ou accélérée par la cryothérapie mais les données sont insuffisantes pour démontrer ou infirmer cette causalité », précisent les experts.

Fabienne Maleysson